Tous présumés innocents
Nous voilà en deuxième semaine.
Lundi 23 mars - Deux protagonistes prévenus sont entendus à la barre. Les deux à l’opposé total l’un de l’autre. Le Yin et le Yan de la corruption. Eric Woerth – Alexandre Djouhri mais deux chevilles ouvrières de cette rocambolesque saga.
Eric Woerth, droit dans ses bottes, Grandes Écoles, HEC, Sciences Po, licence de droit, maire de Chantilly, Ministre, directeur financier de la campagne de Sarkozy, des revenus plus que confortables, là il baisse la voix. On entend 2,5 millions d’euros de patrimoine immobilier dont la baraque à Chamonix, et son salaire de tout nouveau président du PMU ? Il bredouille un truc que personne n’entend. Je regarde sur le net, c’est environ 150 000 euro par an, en plus de sa petite pension de ministre dans les 4 000. Mais ce n’est pas une faute que d’être riche. Eric W une pointure, il a réponse à tout.
C’est évidemment pour son rôle crucial de directeur financier de la campagne du jeune Nicolas Sarkozy qu’il est là. Oui il a vu de l’argent liquide. Des dons anonymes de fans de Nicolas, dans des petites enveloppes, qu’il tenait lui-même à ouvrir, personne d’autre, le courrier c’est lui. Le Président s’étonne : « Malgré tout le travail à faire, les 4 secrétaires ? Personne d’autre pour traiter le courrier ? Non ! les enveloppes, c’est lui. Je comprends tellement bien, moi j’adore ouvrir les lettres quand je reçois du courrier. Ca fait scroutch scrouth quand on décachète, c’est rigolo. Et quand en plus, il y a des sous dans l’enveloppe.
Aidez-nous à faire scroutch-scroutch
Au QG de campagne rue d’Enghien, son rôle? Centraliser, faire tourner cette machine à gagner du candidat Sarkozy. Une ruche, une ambiance enthousiaste, je note l’expression « un merveilleux espoir démocratique dans un climat populaire » (si il a dit populaire !). On se croirait à la fête de l’Huma. C’est beau. Et le fameux couloir décrit par des témoins, où les salariés font la queue pour recevoir leurs enveloppes de primes en billets non déclarées au fisc ?
Eric Woerth : couloir, quel couloir ? Y’a pas de couloir ou alors vraiment tout petit. Le Président : Et Monsieur Sarkozy dans tout ça ? NS avait autre chose à penser que les sous. Le grand meeting de Charleville-Mézières, les réunions des grands et petits donateurs, on en revient toujours à l’argent.
Le Président Géron qui essaye de comprendre imperturbable : Les salariés y faisaient quoi là-dedans concrètement ? De la mobilisation, des heures et des heures de travail, y comptaient pas leur temps... Silence dans la salle. Le Président regarde ses notes, perplexe sur le fonctionnement de la ruche à Nicolas Sarkozy et l’argent qui entre et sort et les 35 000 euros de reliquat de campagne. Eric Woerth finit par lâcher un quand même : Des erreurs, des anomalies, c’est fort possible.
En numéro deux, Alexandre Djouhri entre en scène. Il est attendu.
Son parcours. Pas trop grandes écoles niveau études, ce qui ne l’empêche pas de monter une agence de presse aux Champs Elysées dans les années 90 pour : rééquilibrer l’information venant du Moyen-Orient. J’aimerais bien voir sa carte de presse à Alexandre Djouhri. Financée par les Monarchies du Golfe et la Libye de Kadhafi. 300 000 euros environ d’abonnement annuel pour avoir les précieuses infos. Pas plus de 3 clients et hop on frôle le million. Ses revenus à l’époque entre ... 12 et 20 millions de dollars annuels. L’info, ça vaut de l’or.
Quand le tribunal lui demande comment s’appelle son vrai métier, alors on a : journaliste, commerçant, homme d’affaires et toujours, pour l’amour de la France. Mais pas au point d’y résider ni d’y payer ses impôts . Djouhri est un patriote, vénère Chirac, on l’a même traité de Chiraco intégriste. Et comme il dit, s’adapte à toutes les cultures. Il rencontre tout le monde, réconcilie la droite française au restaurant d’un 5 étoiles, (pâtes au truffes, avait-t’on appris au premier procès). Partout il est. Avec Sarkozy évidemment, Claude Guéant, (59 visites documentées à l’Elysée) et en cheville avec tout le gratin politique, il adore partager. Son secret d’une telle influence, question du Président : L’humain l’affect la confiance. Le Président : Beaucoup de diplomates disent de vous que vous êtes flou. Réponse de Djouhri : Il y en a même qui me traitent de taulard. Et philosophe à la barre : Monsieur le Président, je pense que vous n’êtes pas conscient de la lâcheté humaine. Vu ma carrière je crois que je sais ce que c’est. À méditer.
Mardi 2 mars – Toujours Alexandre Djouhri
Après ces propos liminaires, ce qui ici intéresse , c’est la relation Djouhri /Béchir Saleh.
Béchir c’est pas de la gnognotte, c’est l’argentier de Kadhafi, comme le répète A.Djouhri, "celui qui a les clés du coffre". Et le coffre libyen, ce sont des milliards, même encore aujourd’hui, personne ne sait où ils se cachent.
Djouhri/Saleh c’est une longue histoire d’amitié. C’est son frère même.
Alexandre explique que Béchir, c’est l’homme de confiance absolu du Guide, il lui fait ses courses en France avec sa liste de shopping roulé dans le porte-monnaie.
J’ai mauvais esprit, mais je ne peux m’empêcher de visualiser Monsieur Saleh et son cabas au marché d’Aligre – Non, mettez-moi plutôt une botte de poireaux avec mes patates, c’est pour le Guide, il aime encore bien la soupe de légumes.
Et Alexandre Djouhri a œuvré toute sa vie pour que Béchir, ce grand homme, ce francophile, cet homme d’état, ce lettré, à l’entendre il est à deux doigts du Nobel, puisse être protégé par la République française, exfiltré deux fois dans les 2 sens.
Quand en Libye la population s’est soulevée en 2011 contre le régime du dictateur, Béchir Saleh s’est réfugié en France, puis s’est pris une note ROUGE d'Interpol pour ses liens intimes avec le dictateur.
Sous les auspices de son autre ami de toujours Bernard Squarcini dit le Squale, directeur de la DCRI à l’époque, A.Djouri ni une ni deux débourse 94 000 euros de SA POCHE ! pour faire monter Béchir dans un petit jet privé, via le Niger, ni vu ni connu, les douaniers français n'y ont vu que couic.
Béchir Saleh sait tout, du pacte de corruption de la campagne de Sarkozy, de l’attentat du DC 10, des exactions de senoussi le terroriste, beau-frère de Kadhafi.
Béchir Saleh est un prévenu dans ces deux procès mais en fuite. Il a un avocat, plutôt sympa d’ailleurs, mais jamais son client ne répondra à la justice.
Il a pris en première instance 6 ans de prison, 4 millions d’euros d’amende et un mandat d’arrêt. Il se cache comme le trésor de guerre de kadhafi.
Grâce aux bons soins d’Alexandre Djouri.
L’après midi du 24 mars – Thierry Gaubert
Il s’est posé à la Mairie de Neuilly, chef de cabinet de Sarkozy à une époque, très pote avec, ce qui n’est pas un délit.
Il s’est quand même pris 3 ans de prison et 150 000 euros en première instance. Il est toujours chic. Un lot de casseroles invraisemblables, fraude fiscale surtout.
Qu’est ce qu’il vient faire là-dedans celui-là ?
Mouillé par des liens d’argent.
Surtout autour d’une grosse maison en Colombie. Oui, on voyage. Et son fameux compte Cactus qui a reçu 440 000 euros inexpliqués mais bien libyens. C’était pour arranger un pote de la maison d’à coté qui voulaient faire des menus travaux.
Thierry Gaubert est aussi un ami de Takieddine l’autre intermédiaire touche à tout, décédé au Liban en septembre 2025, qui faisait partie du premier lot des prévenus de la case dite « en fuite ».
Monsieur Gaubert ne comprend pas ce qu’il fait là :
C’est n’importe quoi, Takieddine, son ex ami, il est fou, surtout depuis son grave accident de voiturette de golf à l’Ile Moustic, la Libye, il n’y a jamais mis les pieds, ne connait aucun libyen...
Le président : Mais pourquoi ouvrez-vous un trust Cactus aux Bahamas ? Ben, je sais pas, c’est ma banque qui m’a dit de le faire.
Malgré ses dénégations, Thierry Gaubert est bien présent, rouage dans cette machinerie à corruption..
Aidez-nous à NE PAS découvrir les Bahamas
Mercredi 25 mars – Brice Hortefeux se lance
On ne présente pas Brice Hortefeux, on connait sa tête, son amitié pour Nicolas qui date de quand ils étaient jeunes hommes à Neuilly etc…
Pour entrer dans le vif du sujet, Brice Hortefeux a rencontré Takieddine à un diner, à la même table chez Thierry Gaubert.
Ils papotent, il se rappelle de Takieddine comme d’un promoteur immobilier dans les stations de ski. Quand Tiakedine le rappelle pour lui parler d’un dossier enlisé ultra-sensible entre Thales et l’Arabie Saoudite, pays où il n’y a pourtant pas beaucoup de remontées mécaniques, Brice voulant bien faire, le transmet ASAP à son chef, Claude Guéant. Et là c’est parti, Hortefeux est ferré.
Le Président, plein de bon sens : Mais Mr Hortefeux vous ne vérifiez rien sur ce Takieddine ?
Non ce n’était pas dans mes fonctions.
On verra que B.Hortefeux est très à cheval sur le - c’est pas à moi de le faire, c’est aux autres - et que ça ne lui portera pas bonheur.
Arrive l’épisode du voyage libyen où Brice sans y voir à mal, se fait cornaquer nuitamment à Tripoli, par Tiaketine chez un mec dont il ne connait même pas le nom, encore moins la figure, un certain Senoussi Abdallah. Non, ça ne lui dit rien ce nom là, mais alors rien. Alors que les services du Quai d’Orsay lui ont préparé des tas de fiches, Mr Hortefeux pour preuve cite encore de mémoire le nombre d’habitants et la superficie de la Libye, rien de rien sur ce foutu Senoussi et encore moins sur un DC 10, dont le procès je précise s’est clôt à Paris 6 ans avant. Ok c’est pas hier, mais c’est pas il y a 20 ans non plus.
Et là Monsieur Hortefeux qui sait que le tribunal va l’asticoter méchamment sur l’épisode du diner avec ce terroriste recherché par la planète entière, déroule tous ces arguments en métronome ultra briefé. Ça passe mollement, mais il prend la confiance. Il déclare benoitement : « Tous les pays européens se rendaient chez Kadhafi, il n’y a pas d’originalité française avec la Libye » .
La phrase coince dur chez les filles du DC10 présentes. 170 morts du DC 10, c’est juste pas une originalité.
Puis perdant pied quand les questions pièges lui tombent dessus, déclare qu’il n’y a pas eu de faute quand même ! Et qu’il ne s’est rien passé entre lui et senoussi et que 40 mm dont la traduction, c’est pas suffisant pour monter un pacte de corruption. Une défense en béton.
Si il n’a pas parlé à Nicolas à son retour de ce calamiteux rendez-vous libyen, c’est pour deux raisons, attention les voici :
1- Je n’allais pas fanfaronner que je m’étais fait eu comme un bleu
2- Il ne s’est rien passé, rien de grave.
Perdu dans son naufrage, à cours d’arguments, il lâche un malheureux, » je ne suis pas plus benêt qu’un autre et je confirme, la Libye pour moi, c’est fini, j’y remets plus les pieds, même invité » .
Aidez-nous à faire face au naufrage
On finit sur la fameuse note Moussa Koussa, le faux document libyen de Mediapart qui parle de lui et de 50 millions promis à Nicolas Sarkozy. La preuve ultime.
Brice Hortefeux se décompose quand le Président tique sur la date qui pourrait en être une autre, le 10 juin 2006. Ca remet tout en cause, le faux pourrait être un vrai. Si on regarde son agenda, après la fête du Saint-Nectaire en Auvergne où il montre son nez, le 9 juin, Brice Hortefeux prend un jet pour Paris le samedi soir, pour signer un truc ?
Il ne se rappelle plus, le benêt.
Le mercredi 1 er avril Les Filles du DC 10 seront à la barre.


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